Un orient imaginaire : la Syrie

La Syrie est en guerre depuis quatre longues années. D’une guerre terrible, fratricide. Refus d’un chef d’Etat d’entendre et de mettre fin aux souffrances de son peuple, guerre alimentée par les appétits de groupuscules intérieurs et de puissances extérieures. Et désormais, mainmise de l’Etat Islamique sur une partie du territoire.
Vue d’Occident, je ne puis vivre l’horreur de cette situation dans toute sa dimension. Je ne peux qu’écouter, lire, comprendre, avoir de la colère ou de la compassion. Agir en demandant aux gouvernements occidentaux d’intervenir. Le temps fuit et les morts, les blessés, les réfugiés sont de plus en plus nombreux.
Il y a quelques semaines, au hasard d’un passage dans une librairie, j’ai repéré une table organisée sur le thème du Proche-Orient. Deux livres et un DVD ont attiré mon attention. Des témoignages écrits à différentes époques, parfois bien avant le début du conflit actuel. Ils portent un regard à la fois juste et personnel qui permet d’entrevoir et d’imaginer ce qu’a pu être ou demeure encore ce noble pays, de souligner sa complexité et sa beauté.
 «En Syrie » de Joseph Kessel est le premier reportage de cet aventurier, grand reporter et écrivain, publié en 1926. Ancien officier de l’aviation pendant la Première Guerre mondiale, auréolé par le succès de son roman L’Équipage, Joseph Kessel aime l’Orient. Il a 28 ans et il est envoyé en reportage pour une tournée d’inspection dans ce pays sous mandat français. Dans ce petit opuscule, Kessel nous offre des pages magnifiques, hardies et élégantes sur les coutumes et les mœurs de cet Orient divisé entre musulmans, chrétiens  et Druzes. Sans concession parfois, soulignant les errances et les stratagèmes de ceux qu’il rencontre sur son chemin, y compris de l’administration française de l’époque, il sait aussi restituer avec flamboyance les actes de bravoure. Et au milieu du chaos, soudain, la poésie des quelques pages sur la beauté des Jardins de Damas est d’un charme envoutant.
Rédigé sous forme d’un blog pendant le premier semestre 2010, « C’est le chemin qui compte » est l’œuvre d’une jeune française, Marie Surgers, qui part « vivre, travailler et suivre des cours d’arabe à la fac » pendant quelques mois. Voyage spirituel, initiatique, drolatique aussi, qui nous fait découvrir le quotidien dans un Damas insaisissable, haut en couleurs et en émotions, mais où il convient d’être prudent, dans ce pays «où l’idée même d’une révolution n’a aucun sens ». « Chemin sincère, honnête et fragmentaire », selon les termes de l’auteure, je vous conseille de vous procurer ce petit livre, organisé comme une succession de tableaux pleins de fraîcheur et de justesse.
Dans un documentaire réalisé en 2012 et intitulé « Damas, au péril du souvenir », Marie Seurat, veuve de l’ancien otage Michel Seurat, revient en Syrie, son pays natal, après un long exil. Partie une première fois à 17 ans, lorsque sa famille avait dû fuir le pouvoir en place, c’est son époux qui l’y emmène des années plus tard et lui fait vraiment découvrir son pays, jusqu’à son enlèvement et sa mort tragique. Dans un ultime voyage, Marie Seurat revient en Syrie pour rechercher une maison où s’installer, un havre de paix enfin après toutes les épreuves d’une vie. Déambulations d’un quartier l’autre, dans ce Damas qui a tellement changé, déambulation dans ses souvenirs et ses rencontres, où histoire personnelle et Histoire de la Syrie s’entrecroisent. Un documentaire émouvant et fort, porté par le texte de l’auteure, lu par elle-même en voix off.

P1020727

 

« En Syrie », par Joseph Kessel. Ed. Gallimard, coll. « Folio ».
« C’est le chemin qui compte », par Marie Surgers. Ed. Rue des Promenades.
« Damas, au péril du souvenir », par Marie Seurat. Les Films d’ici Editions.

 

Etiqueté le:,

%d blogueurs aiment cette page :