Le phare, voyage immobile

Quel défi inédit peut se lancer un journaliste et écrivain-voyageur mondialement reconnu, ayant bourlingué aux quatre coins du Globe ? Quelle destination peut susciter en lui l’ivresse de l’inconnu et le convaincre de partir à nouveau ?

Au printemps 2014, Paolo Rumiz décide de s’embarquer pour un voyage pas comme les autres. Son choix n’est pas tout à fait dû au hasard, car au fil des années, il a entendu parler à plusieurs reprises d’un « royaume » hors du temps, situé en pleine Méditerranée, sur une île d’un kilomètre de long sur 200 mètres de large. Un phare, perché sur un rocher, en un lieu dont il ne nous révèlera jamais le nom au cours de son récit. Comme une invitation à le découvrir par nous-mêmes.

Avec pour seuls compagnons les gardiens du phare, Paolo Rumiz apprend à vivre au rythme de cet étrange vaisseau immobile et de l’île qui l’entoure. Sans agenda, déconnecté de la plupart des sources d’information, juste conscient du temps présent et de l’espace, du travail quotidien et de la frugalité nécessaire pour ne pas épuiser les précieuses réserves de ce mode de vie en autarcie.

Sur l’île, la nature est maîtresse du jeu, le silence omniprésent. Et le vent, multiple, changeant, tantôt enveloppant et plein de douceur, tantôt puissant et impitoyable.

Paolo Rumiz compose un récit infiniment poétique. Et sa très grande culture ajoute au plaisir de cette lecture d’un ouvrage aux accents homériques. Un grand, un fabuleux livre de mer.

***

Le tonnerre retentit tout au long de la journée, puis le soir il y a une trêve et la température chute de dix degrés. Je bois une larme de whisky, je gravis l’escalier jusqu’à la lampe et mon ombre, comme à l’accoutumée, me suit le long des murs. Au sommet, de l’autre côté des fenêtres, il y a un fin croissant de lune nouvelle, tandis que le glaive de feu circule librement dans l’air purifié. Je suis seul au centre de la nuit. « I sit within a blaze of light/held high above the dusky sea » (Je suis assis au milieu d’une lumière éclatante/bien loin au-dessus des sombres flots). Je répète la première phrase du poème The Light-Keeper de Robert Louis Stevenson. Son père, ingénieur spécialisé dans la construction de phares, lui avait donné le goût de la lumière dans les ténèbres.

Au loin la vague se brise et rugit / le long de rivages désolés qu’éclaire la lune ». La bataille navale est terminée. Il n’y a plus qu’un vague éclair du côté du Levant.

(extrait, p. 145)

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« Le phare, voyage immobile », paru chez Hoëbeke, a reçu le prix Nicolas Bouvier, lors de la dernière édition du Festival Etonnants voyageurs, à Saint-Malo.

Fiche consacrée à Paolo Rumiz, sur le site de la maison d’édition Hoëbeke qui publie ses oeuvres en français.

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