Mardi 23 avril 2013, cinq heures du soir

Je suis sortie du bureau. L’air était doux et ensoleillé. Je me sentais légère, sûre de moi et fière. Un peu songeuse aussi. Car je sais que certains combats ne s’arrêtent pas après une victoire, aussi belle, aussi juste soit-elle.

Je suis rentrée chez moi et me suis assise dans le silence. J’ai eu mille pensées, mille regards vers le passé, vers des amis et amies disparus, emportés par la maladie ou la vie. Simplement. Parce que le temps parfois nous éloigne.

J’ai pensé à toi, à ceux et à celles qui fêtaient ce jour enfin… Et pour toi, et pour ceux qui se réjouissaient, j’ai prononcé cette phrase à voix basse : Dans les rues de la ville, il y a mon amour…

« Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima ?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L’espace qu’il parcourt est ma fidélité. Il dessine l’espoir et léger l’éconduit. Il est prépondérant sans qu’il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s’inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima et l’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas ?  »

(René Char, Allégeance)

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