« La valise mexicaine ». Expo Capa-Taro-Chim.

Une histoire a toujours un début. Même si celui-ci est fait de hasards, même s’il vous échappe parfois. Peu importe. L’histoire vient de commencer et vous en faites partie. 

Trois amis : Robert Capa, Gerda Taro, David Seymour (dit « Chim ») .  

Tous les trois juifs, exilés dans la France des années 30, engagés, reporters-photographes. En 1936, ils partent pour l’Espagne. Là-bas, c’est la guerre civile. Totalement investis dans la cause républicaine, ils veulent témoigner de l’engagement de tous ceux et de celles qui, venus du monde entier, rejoignent les Brigades Républicaines pour combattre les nationalistes, de la vie quotidienne du peuple espagnol, de l’exode des réfugiés.

Quatre années qui vont décider de leur destin. Quatre années qui vont marquer l’histoire du photojournalisme de guerre.

Pendant cette période, ils vont faire des milliers de photos, dont certaines seront publiées dans la presse (comme dans le journal Ce Soir, quotidien créé par le Parti communiste français ou le news-magazine Regards, dont R. Capa ou H. Carter-Bresson sont les photographes attitrés). Mais la plupart de ces photos, perdues en 1939, n’auraient jamais été portées à notre connaissance si l’Histoire, la destinée, le hasard n’avaient joué un rôle sous la forme d’une valise. D’une valise mexicaine.

Une valise composée en fait de trois boîtes contenant pellicules de photos, tirages et films. Alors que Robert Capa vient de quitter en urgence la France pour les Etats-Unis (nous sommes en 1939 et l’arrivée des allemands dans la capitale française est imminente), un ami photographe part pour Bordeaux et confie les boîtes des photos de la Guerre d’Espagne prises par Capa, Taro et Chim à un chilien (une autre version parle d’un mexicain) afin qu’il les dépose en toute sécurité à son Consulat. On perd ensuite la trace de ses boîtes jusqu’en 2007, année où une mallette contenant les dits négatifs est remise par un cinéaste mexicain à l’ICP (International Center of Photography), dont le fondateur est le frère de Robert Capa, Cornell, qui n’a eu de cesse de retrouver ces photos.

L’exposition « La maleta mexicana », que propose le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (MAHJ) jusqu’à fin juin, présente une superbe sélection de tirages, de planches-contacts et de films, ainsi que divers objets et documents d’époque. Pour la plupart inédites, les photos offrent un inestimable panorama de la Guerre civile d’Espagne et témoignent de l’engagement créatif si novateur de Capa, Taro et Chim. La scénographie de l’exposition opte pour un parcours chronologique de 32 sections, véritable récit émotionnel des événements, des temps forts de la guerre comme de la vie quotidienne du peuple espagnol, et fidèle à la narration photographique qui est la signature des trois photographes.

En parcourant l’exposition, nous assistons à la naissance de l’art de la prise de vue journalistique de guerre telle qu’elle nous est familière désormais, simple, efficace, au plus près de l’action, mettant ici en lumière des acteurs célèbres et anonymes de cette page de l’Histoire espagnole : hommes politiques, écrivains engagés, paysans, soldats, hommes, femmes et enfants d’un peuple pris dans la tourmente d’un conflit civil annonciateur de la 2ème Guerre mondiale proche.

A quel moment se termine l’Histoire ? A la fin de la Guerre, quand Capa et Chim quittent l’Espagne pour la France, puis pour le continent américain ? Ou bien plus tard, au cours de l’année 2007, quand Cornell Capa récupère enfin les boîtes de photos de la « valise mexicaine » et découvre, immensément ému, ces photos prises il y a soixante ans ? Je préfère penser que cette histoire ne se termine pas vraiment, que les moments vécus par ces trois photographes au milieu de la tourmente, aux côtés du peuple espagnol et des soldats de la liberté, contre le fascisme, sont toujours aussi présents, vivants et essentiels. Nous donnent à voir ce qui est précieux et ce que nous devons combattre. Nous montrent le chemin.

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Etiqueté le:,

%d blogueurs aiment cette page :